bruno règne sur scène

Dracula – Entre l’amour et la mort fait place au talent consacré de Bruno Pelletier, irréprochable dans un rôle taillé à sa mesure.

Après des mois de gestation, Pelletier et ses collaborateurs ont accouché, hier soir, sur la scène du Théâtre St-Denis, à Montréal, d’un spectacle audacieux, porté par une distribution exemplaire.

Il n’y a rien à redire sur la qualité du jeu des interprètes de ce drame musical multimédia. L’entreprise révèle même le potentiel insoupçonné de certains d’entre eux. C’est le cas, entre autres, de Pierre Flynn et de Daniel Boucher, touchant de vérité dans le rôle d’un toxicomane. La prononciation relâchée de certains mots chantés sur les enregistrements sur disque, a même été corrigée, ce qui est tout à l’honneur de Boucher, à qui de nouvelles portes s’ouvriront assurément.

Le livret de Richard Ouzounian, inspiré du roman de Bram Stoker, se structure autour d’une idée de chaos. L’intrigue, assez bien cernée, est transposée dans un cadre futuriste et baigne dans un climat social catastrophique qui trouve généralement écho auprès du spectateur. Par contre, ce contexte encourage un bouillonnement scénique qui n’est pas toujours heureux. Certains accessoires apparaissent superflus, et certaines idées redondantes. Mais le recours parfois exagéré aux effets filmiques ne nuit jamais à la musique.

L’apport crucial de Roger Tabra aux textes contribue incontestablement à la réussite de la partition musicale de Dracula. L’auteur libère des mots porteurs de sens qui s’affirment sur des musiques généralement assez complexes. Le compositeur Simon Leclerc dote d’ailleurs ce spectacle d’une partition lyrique amplement riche où des formes musicales plus mélodiques côtoient des airs dominés par des tonalités sombres. Les très réussies chansons « Ce que je vois », « Nous sommes ce que nous sommes », « Enfin plus rien » et « Règne » apportent une puissance dramatique bienvenue. Et il est également agréable de noter que les lignes vocales s’entremêlent parfois.

Les cassures provoquées par l’alternance entre les passages récités et ceux chantés plombent par contre le rythme de ce spectacle musical, qui, précisons-le, s’avère plus élitiste et moins conventionnel que ceux qui tiennent habituellement l’affiche ici. Les enchaînements ne sont pas toujours fluides, et les silences pèsent parfois. On questionne également la pertinence des interventions d’une marionnette géante dans le rôle du narrateur, de même que le choix des éclairages dans certains tableaux. Autant certains jeux de lumières sont somptueux, notamment dans le repère de Van Helsing, autant d’autres ont un effet criard qui altère l’esthétisme de l’ensemble.

Cela dit, le temps peut encore arranger bien des choses. Dracula vient à peine de naître sur scène, et déjà on le sent porté par des interprètes magnifiques et des musiques d’une force dramatique indéniable. Cette fresque sanglante ne manque ni de courage ni d’intelligence. Ce qui, en sommes, constitue l’essentiel d’une réussite.

Distribution : Bruno Pelletier, Daniel Boucher, Sylvain Cossette, Pierre Flynn, Andrée Watters et Gabrielle Destroismaisons, Louis Gagné, Brigitte Marchand, Elyzabeth Diaga et Rita Tabbakh.

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Dernière mise à jour de cette page le 04/02/2006

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